mercredi 21 janvier 2015
Chacun à ses souvenirs mais il
restera, pour l’éternité, comme le buteur en Or de cette soirée du 2 juillet
2000.Sur un débordement de Robert Pirès qui amène à un centre en retrait, David
Trezeguet alias Trezegol dégaine une demi volée du gauche sous la barre de
Toldo. La France est Championne d’Europe, l’Italie pleure, David devient Roi.
Un Roi qui a tiré sa révérence hier, selon plusieurs médias argentins. Retour
sur une carrière riche en buts.
Naissance d’une machine à marquer.
Je vais éviter de vous donner des
détails inutiles mais pour ceux qui ne le savent pas, Trezeguet est franco-argentin. A seulement 16 ans, Trezeguet joue son 1er
match professionnel avec le Club Atletico Platense, en Argentine. Cinq petits matchs avant de s’envoler pour son
autre pays, la France et sa capitale, Paris. Pour l’anecdote, c’est Omar da
Fonseca, consultant sur Be In Sports et ancien joueur du PSG qui le l’héberge.
David fait un essai d’un mois durant la pré-saison aux côtés de Raï, entre autres
et sous la direction d’un certain Luis Fernandez. Si le club de la capitale ne
conservera pas le jeune buteur, l’AS Monaco de Jean Tigana lui offre son
premier contrat en tant que stagiaire.
Il ne deviendra titulaire que
deux saisons plus tard, après le départ de Sonny Anderson au Barça et marquera
son 1er but en pros face à Cannes à 19 ans. A l’époque, David porte
le numéro 9 et Thierry Henry est sur le banc. Pour sa première saison dans la
peau d’un titulaire, il claque 18 buts en 27 matchs, terminant 2nd
au classement des buteurs (derrière Guivarc’h). En Champions League, David se
fait remarquer en dégainant une frappe surpuissante à Old Trafford lors du ¼ de
finale retour entre Monaco et Manchester United.
Trezeguet devient alors Trezegol.
Efficacité clinique face aux buts, il
est doté d’une adresse et d’une intelligence de placement dans les 16m50 absolument
remarquables. C’est un buteur, un vrai et ce n’est pas passé inaperçu puisqu’Aimé
Jacquet décide de le sélectionner dans la liste des 23 joueurs pour le mondial
1998, en France. Je reviendrai sur son
parcours en Bleus plus bas. Trezeguet marque 12 buts, lors de la saison
post-mondial, avant d’exploser lors la saison 1999-2000. Monaco termine
Champion de France avec 22 buts au compteur pour Trezegol.
« Juve, Storia di un Grande Amore »
En 2000, la Juve dégaine un
chèque de 23M€ pour s’attacher les services de Trezeguet, buteur à gages en
vogue. Il débarque dans un club historique, avec une concurrence accrue
(Inzaghi, Del Piero, Kovacevic) mais le gamin finit meilleur buteur du club en Serie
A avec 14 pions.
Inzaghi abandonne et quitte le
club, Trezeguet en profite pour claquer 24 buts en championnat et 8 buts en
Champions League, raflant au passage, le titre avec la Juve. Un titre qui
échappait à la Vieille Dame depuis 3 saisons. Cette saison 2001-2002, c’est
celle de l’Apogée pour Trezegol, à 24 piges il est l’un des tous meilleurs
numéros 9 du monde. Durant les deux saisons qui suivent, il est sujet à de
nombreuses blessures mais claque néanmoins 33 buts en 53 matchs. Des stats des
porc qui lui permette de battre le nombre de buts de Michel Platini avec la
Juve.
En 2005-2006, ciao les blessures, Trezegol est à 100%. Il claque
23 buts en Serie A et remporte le titre. La suite, on la connait, la Juve est
déchue de son titre, reléguée en Serie B
pour une affaire de matchs truqués. Alors que c’est l’exode du côté de
Turin avec les départs de Cannavaro, Ibrahimovic, Thuram, Vieira, entre autres,
David reste au club avec d’autres légendes et amoureux du club comme Del Piero
et Buffon. La Juve, forte d’un effectif nettement supérieur à la Serie B et
dirigée alors par Didier Deschamps, remonte directement en Serie A à la fin de
cette saison pénible.
De retour dans l’élite, Il signe
un triplé dès la 1ère journée atteint la barre des 100 buts en Serie
A et inscrit 20 nouveaux buts, terminant 2ème meilleur buteur du
Calcio derrière son ami et coéquipier Del Piero.
Ses deux dernières saisons chez
les bianconeri sont entachées par des
blessures. David ne joue que 27 matchs en deux ans et arrive en fin de parcours
à Turin. Auteur de 123 buts en Serie A
et 165 toutes compétitions confondues, il est le meilleur buteur étranger de l’Histoire
de la Juventus.
Fin de carrière en dilettante, mais en buts.
En 2010, Trezeguet signe à
Hercules Alicante, pour faire plaisir à sa femme, originaire du coin. Il
inscrit 12 buts avant de prendre la direction des emirats. Touché par des
blessures, il ne joue que 4 matchs avant de se relancer et retrouver sa seconde
mère : l’Argentine et River Plate. Trezegol est surnommé « David el
terrible » car il est impressionnant d’efficacité. 17 buts et de nouveaux
titres. Direction la ville de Rosario et les Newell’s Old Boys en 2013 où
Trezegol inscrira 10 buts dont son 300ème but professionnel et
disputera la Copa Libertadores. Pour
finir sa carrière, il décide de rejoindre l’Inde et le FC Pune City où il
inscrira deux buts, juste histoire de devenir le premier français à avoir
inscrit au moins un but dans trois confédérations différentes (UEFA, CONMEBOL,
AFC).
Héros de Rotterdam un soir de juillet 2000.
La carrière de David Trezeguet
sous le maillot Bleus a connu des moments très forts. Certains la jugeront
moyenne, d’autres, exceptionnelle.
Il est selectionné pour la 1ère
fois lors d’un France-Espagne (but exceptionnel de Zidane pour la grande
inauguration du Stade de France). Cinq sélections plus tard, il inscrit son 1er
but en Bleus. Retenu par Jacquet pour
disputer le mondial 1998, à seulement 20 piges, il est remplaçant mais marque
lors du 2nd match face à l’Arabie Saoudite puis est décisif lors du
3ème match face au Danemark en obtenant un penalty. En 8ème
de finale, c’est le joueur décisif. Tout le monde vous dira que c’est Blanc car
il marque mais le geste juste et décisif de cette action, c’est la déviation de
Trezegol. Un deviation de la tête milimetrée dans un espace restreint, un
véritable caviar pour Laurent Blanc qui n’a plus qu’à allumer Chilavert. But en
or, la France passe en ¼ de finale, merci David. Justement, en quarts, la France
retrouve l’Italie et les équipes doivent aller jusqu’aux tirs aux buts. A
seulement 20 ans, comme Henry, David prend ses responsabilités et transforme
son pénalty face à un Pagliuca impuissant. Sacrée paire de cojones. La suite ?
Mais Trezeguet en Bleus, c’est
surtout l’Euro 2000. Bien que remplaçant lors du tournoi - Anelka lui étant
préféré – Trezeguet marque face au Danemark lors du 3ème match de
poule mais est surtout l’Homme qui offrira à la France son titre de Championne
d’Europe. Nous sommes le 2 juillet
2000, la France est menée au score par l’Italie en finale du Championnat d’Europe.
Delvecchio ouvre le score mais à la 90ème minute, alors que les
italiens sont prêts à envahir le terrain, Barthez envoie un dernier ballon dans
le camp adverse sur la tête de Trezeguet, entré à la 76ème minute.
David dévie parfaitement pour Wiltord qui, d’une frappe croisée du gauche,
égalise. Durant la prolongation, Pirès récupère le ballon sur l’aile gauche et
dépose littéralement deux joueurs avant centrer en retrait pour Trezeguet. A
cet instant, David devient le Roi David. Il déclenche une demi-volée du gauche
qui vient se loger sous la barre de Toldo. But en Or, la France est championne
d’Europe. Merci David.
La suite de sa carrière en Bleus est entre buts et déceptions. En 2002 et 2004, c’est la débâcle en Corée puis au Portugal après c’est l’arrivée de Raymond Domenech, qui ne lui fera très peu de cadeaux. David devient remplaçant et est envoyé au casse-pipe lors d’un France – Ecosse au Parc des Princes où esseulé sur le front de l’attaque, il avait été décrié mais pour sa prestation. Le responsable, c’était bien Domenech et non Trezeguet. Bref, il le sélectionne tout de même pour la Coupe du Monde 2006 où, en finale, la France et l’Italie se retrouvent. Entré en jeu durant la prolongation, c’est David qui va rater son pénalty et offrir la balle de match, que Grosso transforme. Non-retenu pour l’Euro 2008, il met fin à sa carrière en équipe de France sur cette échec. 71 sélections, 34 buts et un investissement complet.
Après la fin de carrière d’Henry, celle de Trezeguet sonne comme la fin d’une génération. Celle qui a connu le football avec France 1998 et qui a littéralement explosé avec l’Euro 2000. Celle qui a rarement vue un épisode de l’Equipe du Dimanche sans le moindre but de Trezegol et celle qui pourra dire à ses enfants : « Quand j’étais jeune, il y avait un buteur français incroyable, il s’appelait David Trezeguet ».